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Gérard Bert Koenders, successeur de Young Jin- Choi à la tête de l’Onuci, est arrivé en terre ivoirienne, le lundi 24 octobre dernier. Tout en lui souhaitant le traditionnel Akwaba, voici ce qui l’attend en Côte d’Ivoire.

“Je m’adresse au peuple de Côte d’Ivoire qui a enduré des souffrances énormes et enregistré des pertes importantes pendant la crise et au cours des années ayant conduit à cette période difficile. Je le félicite pour le progrès accompli jusqu’ici et je voudrais d’entrée de jeu qu’il sache que je suis là pour le servir”. C’est la profession de foi faite par le Néerlandais Gérard Bert Koenders, nouveau patron de l’onuci, à son arrivée, lundi dernier, à l’aéroport d’Abidjan Port-Bouet. Il remplace à ce poste, le Sud-Coréen, Young Jin-Choi, qui a mis feu à la Côte d’Ivoire avant de s’en aller.
Le contexte post-crise dans lequel se situe la mission de Gérard Bert Koenders commande qu’on lui donne les vraies nouvelles du pays. En effet, deux défis majeurs se dressent devant le successeur de Choi. Le premier défi est celui de l’organisation des élections législatives dans un climat de totale confiance. C’est-à-dire des élections justes, transparentes et démocratiques dans un climat qui assure à tous les candidats des chances égales sur le terrain. Le deuxième défi est celui de la réconciliation entre les Ivoiriens. En ce qui concerne les élections législatives, le gouvernement a fixé la date du 11 décembre 2011 pour leur tenue. Cette date ne rencontre pas l’assentiment de l’opposition, notamment le Cnrd et Fpi. Ces partis estiment que les conditions ne sont pas réunies pour la tenue d’élections justes, transparentes et démocratiques. Ces conditions sont : la sécurisation et la pacification du pays par le désarmement des milices pro-Ouattara dont les dozos. La presse proche du pouvoir et la radio française, Rfi, ont cru indiqué que Gérard Bert Koenders arrive avec 2500 casques bleus qui vont sécuriser les élections législatives afin de rassurer l’opposition. Cette information sonne creuse. D’autant que ce qui est véritablement en jeu et cause la crispation politique en Côte d’Ivoire, c’est moins le nombre de casques bleus sur le terrain que la rupture de confiance existant entre les populations ivoiriennes et les forces onusiennes depuis 2002. En effet, les casques bleus de l’Onuci étaient présents et en nombre important, dans le nord du pays pendant l’élection présidentielle, quand les forces pro-Ouattara ont empêché, avec une violence inouïe, les électeurs soupçonnés d’être des partisans du candidat Laurent Gbagbo d’accomplir leur droit de vote. Ces casques bleus ont même assisté au bourrage des urnes par les forces pro-Ouattara dans les zones centre-nord-Ouest (Cno). Des indiscrétions affirment même que Choi aurait reçu de la part des observateurs dépêchés par l’Onuci, un rapport sur toutes les graves irrégularités dans ces zones. Mais il n’en a jamais fait cas. Par ailleurs, les casques bleus étaient bien présents dans l’Ouest du pays quand les forces pro-Ouattara ont perpétré, en 2003 puis en 2011, de pires crimes contre l’humanité. Le cas du génocide de Duékoué a été dénoncé par les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Enfin, il y a la part prise par l’Onuci dans le renversement du Président Laurent Gbagbo après le bombardement de certaines communes d’Abidjan. Pour toutes ces raisons, la crise de confiance qui existe entre les forces onusiennes et les populations ivoiriennes est extrêmement profonde. De sorte qu’on peut même déployer un million de casques bleus pour les élections législatives, cela ne rassurera pas les Ivoiriens dans leur large majorité. La seule chose qu’ils attendent, c’est le désarmement effectif des ex-rebelles, des dozos et autres forces pro-Ouattara. Le Fpi et le Cnrd demandent également le rééquilibrage de la Commission électorale indépendante (Cei) qui est composée à plus de 98% de partisans de Ouattara.
Enfin le Fpi et le Cnrd demandent la démission de Youssouf Bakayoko de la présidence de la Cei parce qu’ils n’ont plus confiance en lui après ce qui s’est passé à la présidentielle. S’agissant de la réconciliation nationale, Après les professions de foi du régime Ouattara, les ivoiriens attendent de lui, des signaux forts susceptibles de rassurer les uns et les autres sur sa volonté réelle de ressouder le tissu social effiloché. Sur ce point, l’opposition, principalement les partis du Cnrd estiment qu’il ne peut y avoir de réconciliation vraie sans la participation du Président Laurent Gbagbo. Or dans l’entendement de Ouattara et de ses parrains occidentaux, il faut conduire Gbagbo à la cour pénale internationale (Cpi) et se réconcilier avec les autres ivoiriens. Dans la tradition africaine, pour régler un différend entre deux frères en palabre, on le faire dans la maison familiale, loin des regards indiscrets. C’est pourquoi, l’adage dit qu’on voit des frères faire des palabres. Mais, on ne les voit pas se réconcilier.
En Côte d’Ivoire, les principaux protagonistes de la crise qui secoue le pays sont, d’un côté, Laurent Gbagbo ; et de l’autre côté, Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié. C’est donc autour de ces trois personnalités que doit se faire la réconciliation nationale. Loin des oreilles indiscrètes de ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la Côte d’Ivoire retrouve la paix pour des raisons évidentes d’intérêts économiques. Il en résulte que la libération de Gbagbo, détenu dans des conditions exécrables, s’impose à Ouattara si sa volonté réelle est de réconcilier véritablement les Ivoiriens. C’est lorsque Gérard Bert Koenders aura réussi à relever le défi de l’organisation des législatives dans des conditions démocratiques et transparentes, et celui de la réconciliation des Ivoiriens, qu’il aura sentiment d’avoir fait œuvre utile. Ce qui n’était pas le cas pour Choi.

Boga Sivori
bogasivo@yahoo.fr

Source : Notre Voie
Publié par www.encoreplustv.com Le 26 Octobre 2011


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